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17. avr., 2018

Entre rivière, vallons et collines, du confluent de la Cozanne à la Montagne des Trois Croix, s’étagent les trois villages des Maranges : Cheilly-les-Maranges, Sampigny-les-Maranges et Dezize-les-Maranges. 
Partout la vigne est là. Elle pousse sur des terres argilo-calcaires : lias marneux bien drainés, calcaires à gryphées ou éboulis caillouteux de bas de coteaux, sur des versants protégés, orientés au Sud/Sud-Est. 
Chacun de ces trois villages bénéficiait, depuis son classement en 1937, de sa propre appellation communale suivie de la mention : «Côte-de-Beaune». Les vins, produits en petite quantité, étaient assemblés et se vendaient sous l’étiquette de «Côte-de-Beaune Villages». 
Les trois appellations des Maranges restaient donc inconnues et inutilisées. Elles ont la particularité d’être les seules, de la Côte-de-Beaune, situées en Saône-et-Loire, à l’encontre de leurs voisines de Côte-d’Or. 
Les vignerons firent la demande à l’Institut National des Appellations d’Origine de regrouper leurs trois climats sous un seul nom, afin d’obtenir un volume suffisant pour faire valoir l’identité de leur terroir.  Il obtinrent satisfaction : un décret de l’INAO donnait naissance à l’appellation MARANGES, le 23 Mai 1989.

Maranges : 150 hectares (vins rouges, dont à peine 10% de vins blancs).
Maranges 1er Cru : 80 hectares (vins rouges sauf exceptions) : Le Clos des Rois, Les Clos Roussots, La Fussière, Le Clos de la Boutière, Le Croix Moines, Le Clos des Loyères.

Les Maranges rouges, issus du Pinot Noir, donnent des vins puissants et colorés. Ils expriment des arômes de petits fruits rouges ou noirs et d’épices poivrées. Grâce à leurs tannins, ces vins solides ont un beau potentiel de garde de plus d’une dizaine d’années.
Les Maranges blancs, provenant du Chardonnay, sont gras, aromatiques et vieillissent volontiers 6 à 8 ans.

Il se produit dans le monde environ 350 millions d’hectolitres de vin par an, dont 50 millions
en France, dont 1,5 million en Bourgogne, dont 10 000 dans les Maranges.

13. mai, 2015

Qu'on se le dise, les meilleurs vins du Beaujolais sont de formidables vins de garde. Beaujolais Aujourd'hui y consacrera le dossier de son prochain numéro (disponible en ligne le 11 mai, en supplément de Bourgogne Aujourd'hui n°123).

 

Les clichés ont la vie dure et on entend souvent dire, y compris par des sommeliers ou même des vignerons, que les vins du Beaujolais sont gouleyants, fruités, à boire jeunes et de préférence un peu frais. Chacun peut bien sûr déguster les vins qu'il achète, du Beaujolais ou d'ailleurs, quand bon lui semble, mais il est aussi possible de considérer que des vins rouges à la texture patinée par le temps, aux arômes de fruits confits, d'humus, d'épices... présentent un certain intérêt. Dans ce domaine, les grands vins du Beaujolais n'ont pas à rougir de la comparaison avec les grands vins de Bourgognes ou de Bordeaux pour citer ces références en la matière. Nous gardons en mémoire une soirée organisée il y a quelques années à la maison Louis Jadot, à Beaune, à l'occasion du départ en retraite de son directeur technique emblématique,Jacques Lardière. Ce soir-là la maison avait servi à ses invités (journalistes, restaurateurs, courtiers, importateurs, vignerons et négociants d'autres régions...) beaucoup de très grands et très vieux vins au milieu desquels un moulin-à-vent Clos de Rochegrès 1985 d'une grande classe, riche, soyeux et délicat qui avait fait sensation. On dit parfois qu'au vieillissement les vins du Beaujolais « pinotent », entendez par là se rapprochent des vins de Bourgogne issus du pinot noir. Oui et non. Le Beaujolais est à mi-chemin entre la Bourgogne et le nord de la vallée du Rhône. Un millésime chaud sera de style plus « rhodanien » et un millésime frais plus « Bourguignon ». Jeunes et/ou au vieillissement, les vins rouges du Beaujolais balancent donc toujours entre la chair des vins du nord de la vallée du Rhône et la fraîcheur des vins de Bourgogne. 

Alors oui, les grands vins rouges du Beaujolais, les crus bien sûr, mais aussi les beaujolais et beaujolais-villages de coteaux, ont un potentiel de vieillissement de plusieurs décennies et ce pour plusieurs raisons. Certaines régions ont été mieux dotées que d'autres à la naissance. La combinaison entre un savoir-faire humain ancestral, un ou plusieurs cépages (en l'occurrence le gamay) bien adaptés au milieu et des terroirs de grande qualité, aboutit, quand le millésime veut bien y mettre du sien, à la production de grands vins nobles, de longue garde. Certains l'ont peut-être oublié, mais le Beaujolais a tout cela en « magasin ». Vient ensuite la mise en oeuvre. 

Pas de recette miracle

Christian Bernard, 46 ans, du domaine Grands Fers, à Fleurie, est l'un des meilleurs spécialistes du Beaujolais dans la production de vins de garde. Quand on lui demande très simplement ses secrets, il la joue modeste. « Vraiment je ne vois rien de bien particulier, des vieilles vignes, une viticulture proche de l'esprit bio mais sans certification, des macérations longues, des élevages de dix-huit à vingt-quatre mois, et voilà tout ». Pour ce vigneron à l'évidence réfléchi, qui se pose les bonnes questions, ce qui peut sembler banal, pourrait bien être l'explication de l'exceptionnelle longévité de ses fleurie Le Clos (parcelle arrachée il y a cinq ans et qui ne sera pas revendiquée avant une dizaine d'années) et Les Roches.

Christian Bernard exploite depuis un quart de siècle ce domaine familial de cinq hectares presque exclusivement en fleurie. À la vigne, son objectif est de travailler au maximum dans le respect de l'environnement et de la biodiversité. « Nos terroirs granitiques sont un véritable bac à sable en surface, alors il faut faire attention quand on travaille les sols à ne pas favoriser l'érosion. On gratte le sol en douceur pour faire descendre les racines. C'est comme cela que les terroirs s'expriment », assure le vigneron qui poursuit : « Je crois que s'il y a un secret pour produire des vins de garde, c'est d'avoir des vieilles vignes et j'ai la chance d'avoir un vignoble ancien, qui produit peu, mais de superbes raisins. Bon, je crois aussi qu'il est important de bien travailler en vinification, de faire macérer longtemps, mais également d'élever les vins. Mes fleurie sont élevés dix-huit à vingt-quatre mois dans des contenants de tailles différentes : fûts de 228 litres, demi-muids de 600 litres, foudres d'une quinzaine d'hectolitres. C'est un paramètre important. Avoir un bon jus au départ est essentiel, mais il faut ensuite le nourrir, l'affiner, le patiner, le stabiliser pour que le vin puisse ensuite bien vieillir. Il y a toujours eu dans le Beaujolais une tradition d'élevage en fûts de chêne. Parfois, aujourd'hui les vins du Beaujolais issus de jolis élevages sont rejetés par les consommateurs, les distributeurs et c'est dommage ».

Le dossier complet sur le vieillissement des vins du Beaujolais est à lire dans le prochain numéro de Beaujolais Aujourd'hui, supplément joint à Bourgogne Aujourd'hui n°123 (disponible en ligne sur ce site le 11 mai et en kiosque le 13 mai).